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Décennie 1964 - 1973

L’AGEVP et le retour au pays natal

Cet article constitue une modeste contribution, suite aux appels de certains camarades qui s’efforcent de transcrire l’histoire de l’AGEVP, où sont rassemblés tous ceux qui partagent le même idéal de la nation vietnamienne.

La question du retour au pays natal a été posée très tôt. Elle a existé dans l’esprit des camarades des premiers comités exécutifs de l’AGEVP. Elle provenait d’un constat précis, à savoir le nombre d’étudiants vietnamiens, en cours d’études supérieures ou vivant déjà en France, qui retournent au pays natal après avoir obtenu leurs diplômes, est ridicule pendant les années du milieu de la décennie 60. Seuls quelques-uns franchissent le pas, la France accueillant à bras ouverts les étudiants diplômés, ne les forçant pas à rentrer au pays. Ceci est une remarque générale et non le résultat d’une étude scientifique, mais il constitue un ressentiment authentique partagé entre les jeunes étudiants qui viennent de débarquer à Paris dans la durée de 5 ans entre 1960 et 1964. C’est aussi un prétexte pour de jeunes camarades, critiquant les générations plus anciennes d’avoir adopté une attitude type “vieux jeu” et se contentant de vivre tranquillement en France, pays hospitalier et adorable.

Plus tard, j’ai appris qu’au début de l’été 1965, quelques camarades, surnommés le groupe Prépa, se sont donnés le mot pout aller camper à Deauville, une ville au bord de la Manche. Au bout de quelques jours de travail ensemble, ils ont décidé, de manière unanime :

   1. L’AGEVP a le devoir de servir l’idéologie de la nation
   2. Retourner au pays natal une fois d’avoir obtenu le diplôme est un but à poursuivre
   3. Pendant une durée d’environ 10 ans, tous les camarades doivent se serrer les coudes pour préparer leur propre rapatriement.

A cette époque, le premier comité exécutif de l’AGEVP n’a pas plus d’un an d’âge. Parmi les membres de ce comité,  la plupart fait partie du parti politique Tự Lập (Autonome) et conserve le pouvoir de décision. Ces derniers prônent une troisième voie, située entre le nationalisme et le communisme. C’est pourquoi en Automne de la même année, un certain nombre d’étudiants du groupe Prépa constituent une liste électorale en vue des élections au Comité exécutif de l’AGEVP, afin de récupérer le pouvoir de décision concernant la voie à suivre pour l’association. Et ils ont réussi.

Depuis ce jour, servir l’idéal de la nation devient la direction indéfectible de l’AGEVP.

Du fait que la question de retour au pays revêt un caractère abstrait, contenue dans la démarche de chacun, il nous est difficile de transposer en tâches concrètes à mener progressivement. En définitive, l’action concrète réalisable est d’organiser des sessions de discussion, des séances d’apprentissage commun et des séminaires. Et le contenu du sujet n’est pas assez vaste pour exiger des efforts réguliers. Au bout de 4 comités exécutifs de l’AGEVP, de 1965 à 69, la réponse à la question du rapatriement est finalement trouvée, il s’agit de l’existence d’une atmosphère, d’un esprit naturel, serein au cœur de l’environnement AGEVP. Retourner au pays natal une fois les études supérieures terminées pour contribuer à la construction du pays devient une banalité. Pour un certain nombre de camarades les plus convaincus, c’est aussi une impulsion, un devoir, et ces derniers exercent une influence positive sur leur entourage. Pas besoin d’organiser les sessions d’apprentissage, l’idée du rapatriement se répand, selon le schéma “près de l’encre, tout est noir, près d’une lampe, tout est clair”.

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Il faut attendre l’été 1969 pour affirmer que l’idée de rapatriement est mûre. Cette année, on décompte une action concrète de l’AGEVP, contribuant à la mise en place du mouvement de retour au pays.

L’été de cette année, je retourne à Saigon pour faire un stage au Ministère des Travaux Publics, sans se douter que ce retour m’apporte une histoire sensationnelle, car j’ai toujours désiré de voir plus clairement la situation du pays. A peine arrivé à Saigon, je rencontre M Nguyễn Xuân Nghı̃a, le président en cours de l’AGEVP, et Mlle Lê Thị Lan Phương qui vit au Vietnam pendant le laps de temps nécessaire pour préparer une thèse sur le riz. Nghĩa me dit : “Je suis en train de contacter le Département général des affaires politiques, afin de leur demander d’organiser une visite de certaines infra-structures. Nous allons avoir une évaluation plus juste de la situation à l’intérieur de notre pays. Moi, toi et Hương constituerons une délégation des étudiants à l’étranger qui retournent visiter notre pays.”. J’ai accepté avec plaisir sa proposition.

De manière fortuite, je deviens membre d’une “délégation d’étudiants à l’étranger” composée de seulement nous trois. En compagnie de certains étudiants restant au pays, on nous a fait visiter les écoles militaires de Đà Lạt et de Thủ Đức, les centres de formation militaire Quang Trung (ici Nghĩa et moi avons testé la mitraillette M16), les centres de formation des cadres pour les constructions agricoles à Vũng Tàu. Nous avons dû renoncer avec regret à la dernière minute l’occasion de visiter Huế, à cause de la situation militaire très tendue là-bas.

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A la fin de l’été, de retour à Paris, j’ai invité quelques amis de ma promotion de me rejoindre dans ma liste électorale en vue de l’élection au comité exécutif de l’AGEVP, mandat 69-70. Au cours de l’année 1970, en tant que président de l’AGEVP, j’ai envoyé un courrier au premier ministre Trần Thiện Khiêm, demandant au gouvernement d’aider et de réserver des facilités aux étudiants à l’étranger dans leur retour visiter le pays, avec comme espoir et conviction comme quoi cette histoire deviendra ultérieurement une grande incitation pour la résolution des étudiants qui, à la fin de leurs études supérieures, souhaitent retourner au pays. Bien sûr, ma démarche est considérée comme insignifiante et j’ai seulement reçu une réponse courtoise, mentionnant le fait que le gouvernement a besoin d’économiser ses ressources pour répondre aux besoins plus urgents et importants. Pendant l’été 70, M Nguyễn Ngọc Danh et Mlle Lê Thị Lan Hương rentrent à Saigon en vue d’un mariage entre eux. Parmi les personnes qui les accompagnent figure Phượng, la cousine de Mlle Hương, qui plus tard devient mon épouse. Nghĩa aussi rentre au Vietnam et a l’occasion de contacter la deuxième fois le département général des affaires politiques, pour que, une fois encore, comme l’année dernière, un groupe d’étudiants de retour de France puissent visiter le pays, tout en observant en détail la situation du pays.

Cette fois-ci, la délégation comprend plus de 3 personnes, et c’est aussi l’occasion pour que Nghı̃a et Danh puissent exposer clairement au gouvernement l’idée comme quoi retourner pour visiter le pays aura un effet positif sur la question du rapatriement. Tout ce que je sais, c’est que cette proposition des représentants de l’AGEVP a pu séduire les autorités. Je n’en connais pas les détails, car en plein milieu de cet été-là, je retourne à Paris après un séjour dans un camp d’été en Espagne, et dois me préparer pour poursuivre mes études au Canada.

Au début de l’automne 1970, personne n’a déposé de liste électorale en vue des élections pour le prochain comité exécutif. Un grand nombre de camarades de l’ancien comité reste sur place pour traiter les affaires courantes, sous l’égide du couple Nguyễn Ngọc Danh et Phạm Tất Đạt, co-présidents de l’AGEVP.

La question de retour au pays n’a sûrement pas été mise aux oubliettes, car pendant l’été 1971, je retourne en France au bout d’une année d’études accélérées à Montréal, mes camarades du comité exécutif m’ont aimablement invité à les rejoindre dans le vol charter qu’ils ont organisé pour retourner à Saigon, cette fois-ci en tant que délégation reconnue officielle avant de prendre l’avion.

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Ainsi cette démarche continue à progresser tous les ans, jusqu’à ce que, au cours de l’été 1973, une importante délégation conduite par M Trần Văn Bá est officiellement accueillie et fait l’objet d’une publicité grandiose. Le point culminant est l’organisation d’un camp baptisé “Nối Vòng Tay Lớn” (Joignons nous les bras pour former un grand cercle) qui rassemble les étudiants à l’intérieur du pays.

Il faut considérer que, en dessous de ces deux manifestations à grande pompe, se cache le résultat de tous les efforts consacrés depuis environ une dizaine d’années. Un mouvement de retour au pays natal est devenu réalité, sans tambour ni trompette. Depuis le printemps 1972 et à travers toute l’année 1973, peut-être des dizaines, voire des centaines d’étudiants qui ont terminé leurs études supérieures en France sont retournés au pays pour servir leur patrie. Chose qui ne s’est jamais arrivée depuis de nombreuses années.

Rien qu’en région parisienne, j’ai pu répertorier 26 personnes que je connais très bien. En regardant dans les détails, je constate que la plupart sont d’anciens membres de l’AGEVP ou ayant participé aux  comités exécutifs de l’AGEVP. Parmi eux figurent notamment 4 anciens Présidents des 7 premiers comités exécutifs.

Cet événement montre que, en dehors des activités traditionnelles qu’une association d’étudiants à l’étranger doit en être pourvue, dont la fabrication et la diffusion de cet esprit de solidarité, d’entraide et d’union dans la communauté d’étudiants, et ce à travers des activités d’actualités, de sport et des arts, l’AGEVP a su s’adapter pour remplir un rôle de grande envergure qui lui a été confié dans le contexte historique spécial et exigeant. Ce rôle consiste à élucider l’idéal politique de la nation. De plus, les anciens dirigeants de l’AGEVP ont atteint un objectif noble : créer l’esprit de retour au pays natal pour servir la patrie, visant les étudiants qui ont réussi leurs études supérieures en France. Cela a été une réalisation significative et mémorable.

Bùi Ngọc Vũ

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