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Thập niên 1964 - 1973

Comment est née l'AGEVP et son évolution ? (2ème partie)

[ Suite de la 1ère partie ]

Il faut rappeler que le groupe des prépas avait pris en main la destinée de l’AGEVP dans un contexte particulièrement difficile.

Dans le conflit interne opposant les vietnamiens, les étudiants français soutenaient en grande majorité le camp communiste et s’opposaient à la République du Vietnam. Au même moment, le mouvement pacifiste s’est fortement développé aux Etats-Unis. La République du Vietnam n’avait que peu de crédit auprès de l’opinion publique.

Quand les troupes américaines étaient arrivées en nombre au Viet Nam à partir de 1964, et que les généraux vietnamiens lançaient à tour de rôle des putschs ponctués à chaque fois de déclarations absurdes, il n’y a pas eu une semaine à Paris sans manifestation anti-américaine, contre la République du Vietnam et pro-communiste. Les communistes vietnamiens avaient réussi à mobiliser les étudiants français, algériens et africains pour nous harceler. Une fois plusieurs centaines de personnes armées de gourdins nous avaient attaqués lors d’une soirée du Têt que l’on avait organisée à la Cité universitaire.

Les agressions étaient alors fréquentes. Un certain nombre de camarades dont moi-même avaient été sérieusement blessés. Malgré cela, l’AGEVP avec sa position résolument anti-communiste et son soutien à la République du Vietnam est restée solide et vaillante jusqu’à aujourd’hui, un demi-siècle après la chute de la République du Vietnam.

Un noyau dur, la clé du succès

La raison pour laquelle l’AGEVP avait traversé cette période mouvementée est qu’elle avait pu s’appuyer sur un groupe, un noyau dur. Les titres de président, secrétaire général ou différents chefs de section sportive, artistiques et autres n’étaient que formels. La ligne politique ainsi que toutes les décisions étaient discutées dans un esprit fraternel et égalitaire. Nous nous accordions sur les membres du prochain bureau avant chaque assemblée générale. Il y a eu des listes d’opposition ; elles étaient traitées de manière très équitable au cours de scrutins parfaitement honnêtes. Mais la liste issue du noyau dur remportait toujours nettement le scrutin.

Parmi les figures les plus familières du noyau dur dont je me souviens, il y avait Võ Văn Thành, Lê Văn Đằng, Nguyễn Văn Lộc, Nguyễn Ngọc Danh, Huỳnh Hùng, Nguyễn Xuân Nghĩa, Đinh Xuân Quân, Nguyễn Việt Cường, Huỳnh Hữu Thanh, Lê Văn Phúc, Phạm Tất Đạt, Bùi Ngọc Vũ, Nguyễn Tất Cường, Lê Tài Điển, Nguyễn Kết, Cao Hữu Hoài, Trương Vĩnh Tấn, Đỗ Trọng Thúy, Nguyễn Tăng Bình, Paul Faucheur, Nguyễn Phương Lam, Vũ Tiến Vượng, Phan Văn Trường, Cao Nguyên Hiển, Nguyễn Ngọc Châu, Vũ Văn Khôi, Nghiêm Quang Thái, Cung Hồng Hải, Nguyễn Đại Thức, Phùng Đức Hùng, Phùng Đức Dũng, Trần Văn Bá…

J’ai certainement oublié des personnes. Et bien évidemment un nombre important de nos camarades féminines que l’on surnommait affectueusement, “nos amies nos sœurs”. Lan Hương (devenue madame Nguyễn Ngọc Danh) et Lan Phương (devenue madame Nguyễn Văn Lộc) étaient les plus remarquées. Ces soeurs jumelles ont été baptisées “soeurs adoptives des troupes” car elles nous restauraient après chacune de nos opérations, comme les veillées pour préparer le spectacle du Têt, les manifestations, voire les bastons contre les communistes, tant vietnamiens que français. Même le benjamin du groupe, Nguyễn Phương Lam, que j’ai revu récemment, a désormais 70 ans.

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Ce qui nous liait c’était notre confiance et notre fierté de lutter pour un idéal juste et beau : la liberté, la démocratie, la dignité humaine, l’avenir du pays.

Alors que la République du Vietnam n’est plus, aucun d’entre nous n’a honte de sa ligne de conduite

La ligne de conduite fondamentale de l’AGEVP est :
1/ soutenir fermement la République du Vietnam, car même si des défauts, plusieurs mêmes existent, il s’agit d’une première expérimentation démocratique de notre pays ; par ailleurs soutenir les institutions de la République du Vietnam ne signifie pas soutenir les gouvernements formés par les généraux putschistes,
2/ s’opposer à la doctrine communiste et condamner la guerre interne au Vietnam provoquée par le parti communiste vietnamien

A l’heure actuelle, le régime de la République du Vietnam s’est effondré, et la doctrine communiste règne sur l’ensemble du pays mais aucun d’entre nous n’a honte de cette ligne de conduite. Au contraire, ceci nous permet d’être fier de notre jeunesse.

Cette ligne de conduite, nous y avions abouti à force de séances d’études acharnées. Nous avions étudié de nombreux domaines la culture, l’histoire, l’art, l’économie, la politique. Nous nous étions aussi mis à l’apprentissage des arts martiaux pour nous défendre, car le mouvement communiste progressait très fortement dans le monde, en particulier à Paris, et nous étions en permanence sous la menace d’agressions. Il n’y avait rien d’obligatoire, ceux qui avaient envie de creuser un sujet quelconque formaient des groupes d’études pour en discuter puis partageaient les résultats du groupe aux autres.

Malgré cette diversité, les débats tournaient principalement autour de la politique. En s’inspirant de la méthodologie d’apprentissage des classes préparatoires, nos débats allaient des concepts de base aux politiques spécifiques tout en restant objectifs et sincères. Nous débattions aussi quasi quotidiennement de la situation du pays. Nous passions également en revue les ouvrages et les articles de la presse qu’il fallait avoir lu, nous répartissions la lecture et la restitution des informations obtenues. Nous organisions régulièrement des nuits blanches pour ces échanges.

Le groupe chargé des études politiques s’occupait également du travail de presse. Dès le début des conférences de Paris en 1968, le Vietnam était devenu le sujet le plus brûlant du monde, et toutes les attentions se concentraient sur Paris. L’activité politique des deux camps nationaliste et communiste s’était très nettement intensifiée. Il nous a fallu déployer de gros efforts, et sacrifier des heures de sommeil.

Le mensuel “Sinh Viên” (Etudiant) n’était plus suffisant et nous avons décidé de publier “Đây Sinh Viên” (Ici l’étudiant) hebdomadaire de 4 pages que nous distribuions dans les différentes cités et restaurants universitaires. Après un moment le titre de cet hebdomadaire est devenu “Ý thức đấu tranh quốc gia” (conscience de lutte nationaliste) sans que l’on ait su qui l’avait proposé.

Après 1968, la majorité des étudiants avaient fini leurs études et travaillaient et il était devenu difficile de se réunir. Nous avions pris une décision inédite d’organiser une réunion tous les matins. Ceux qui le pouvaient se réunissaient le matin entre 6 et 8 heures dans un café à la Porte d’Orléans avant d’aller au travail. Je me rappelle que les plus assidus étaient Lê Văn Đằng, Nguyễn Văn Lộc, Huỳnh Hùng, Đỗ Ngọc Bách, Nguyễn Việt Cường, Nguyễn Phương Lam. Jusqu’à présent rares sont les organisations ayant eu une telle idée de réunion.

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Pour vous donner une idée de l’engagement du groupe, je vous relate un fait. Au début du mois de mai 1968. L’ambassadeur de la République du Vietnam aux Etats-Unis, M. Bùi Diễm, devait venir à Paris assister à la conférence de Paris en qualité d’observateur, car au début les échanges n’avaient lieu qu’entre les Etats-Unis et le Nord Vietnam. Avant cela, pour l’arrivée à Paris de M. Xuân Thủy et de la délégation de Ha Noi, les deux groupes Union des Vietnamiens en France et Union des Etudiants Vietnamiens en France avaient organisé une réception très solennelle. Nous avons dit à l’ambassade de la République du Vietnam de nous prévenir de l’arrivée de M. Bùi Diễm, pour que nous puissions à notre tour le recevoir dignement, afin de ne pas perdre la face.

Nous n’avions été prévenus de l’arrivée de M. Bùi Diễm que le jour même à 5h du matin. Malgré cela, nous avons pu mobiliser 50 personnes à l’aéroport d’Orly pour accueillir M. Bùi Diễm à 8h du matin. Ainsi avec le personnel de l’ambassade, une centaine de personnes étaient présentes. La presse française, avait qualifié cet accueil de très solennel.

L’ancien ambassadeur Bùi Diễm

Le 5 juillet 1968, après deux mois de mobilisation sans interruption dans toute l’Europe, nous avions organisé un grand meeting au Palais de la Mutualité. Au cours de ce meeting, la création de la Ligue des Etudiants et Travailleurs Vietnamiens d’Europe a été officiellement annoncée ainsi que ses divisions présentes dans différents pays d’Europe dans le but de soutenir la délégation de la République du Vietnam à la conférence de Paris.

Un autre fait illustre l’état d’esprit des membres de l’AGEVP à cette époque. Quand les Accords de Paris ont été signés, le camp communiste nous a sollicité pour organiser un débat commun au Palais de la Mutualité, ce que nous avons immédiatement accepté. Les deux parties partagaient les frais de location et se préparaient aux débats. Mais peu avant l’événément, le camp communiste abandonnait la partie, provoquant des moqueries pour cette “fuite”.

A la fin des conférences de Paris, un nombre important des membres du noyau dur de l’AGEVP ont décidé de rentrer au Vietnam – quelque-uns étaient même déjà partis – pour être présents au pays dans cette période charnière de son histoire. Notre vécu commun lors de nos des activités au sein de l’AGEVP, notre concensus sur une ligne politique commune font que nous sommes restés très proches une fois de retour au Vietnam, malgré que nos emplois du temps très chargés. Ce fut une chance qu’après le drame du 30 avril 1975 nous avions tous finalement pu en réchapper, même si quelques-uns ont dû traverser de nombreuses épreuves. La victime unique parmi ceux qui sont rentrés au Vietnam est Nguyễn Trọng Huân. Il s’est suicidé dès l’entrée des troupes communistes dans Saigon. Mais Huân ne faisait pas partie du noyau dur de l’AGEVP, n’ayant participé aux activités de l’association que durant quelques mois, et n’a entretenu ensuite aucune relation avec l’AGEVP. Au pays il n’a eu d’autres activités que celles liées à son métier. Nous n’avons eu aucun contact avec lui.

Un demi-siècle est passé depuis que j’ai cessé de participer aux activités de l’AGEVP. Les souvenirs transcrits dans cet article sont certainement imprécis. J’espère toutefois qu’ils auront permis de constater que l’AGEVP est une organisation pleine de détermination, qu’elle a vu le jour et s’est développée dans l’adversité grâce à la défense d’un idéal juste et beau. L’amour pour le peuple et l’attachement à la nation vietnamienne ont été le fondement de l’association et l’ont rendu forte pour faire face aux défis.

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Je voudrais aussi partager quelques idées à propos de l’avenir de l’AGEVP. Mon fils a fait partie du bureau exécutif de l’AGEVP (présidée alors par M. Đặng Quốc Nam) une dizaine d’années auparavant. Il n’est pas très optimiste à propos de l’avenir de l’AGEVP. Ceci devrait être probablement la principale préoccupation des personnes attachées à l’AGEVP. J’aimerais formuler deux petites contributions à ce propos.

Aider la France c’est juste, aider le Vietnam c’est beau

La première est l’existence nécessaire d’un noyau dur de personnes partageant la détermination de faire grandir l’AGEVP. Cette détermination ne pourra exister qu’en se basant sur un lien fort avec le Vietnam. L’amitié et l’esprit associatif ne seront pas suffisants. D’après moi, un lien fort avec le Vietnam en ce moment devrait principalement se traduire par la volonté de contribuer à la lutte pour que le peuple vietnamien échappe à la dictature actuelle, et gagne sa liberté, au sein d’une démocratie. Cette lutte n’est pas en soi difficile car la démocratie est le sens de l’évolution actuelle du monde et les régimes communistes vivent leurs derniers jours. J’ai rencontré de nombreux étudiants et stagiaires vietnamiens arrivés en France, nombre d’entre eux sont de la famille de notables communistes. Je n’ai jamais vu une personne qui approuve le régime dictatorial actuel. Ce sont ces personnes que l’AGEVP gagnerait à approcher. Ils sont la preuve que l’évolution du Vietnam vers la démocratie n’est pas si difficile ni si lointaine.

Ma seconde remarque est que le sentiment patriotique est devenu très flou, ce qui représente un obstacle important. Le régime communiste a fait que les vietnamiens se sont détournés du Vietnam. La jeunesse vietnamienne de France s’est bien intégrée et a oublié le Vietnam comme la jeunesse vietnamienne dans d’autres pays d’accueil. Beaucoup de personnes ne parlent même plus couramment le vietnamien. L’AGEVP a besoin de porter un message de cœur et de raison à l’adresse de la jeunesse vietnamienne pour l’inciter à aider le Vietnam. Ce message pourrait être que la France est le pays qui les a aidés mais le Vietnam est le pays qui a maintenant besoin d’eux. La France, c’est comme les parents qui les ont élevés mais le Vietnam c’est comme les parents qui leur ont donné la vie et les deux méritent leur amour.

Aider la France, c’est juste. Aider le Viet Nam, c’est beau. Servir la France c’est le devoir que nous dicte la raison. Servir le Viet Nam, c’est un geste que nous souffle notre âme.

Je vous souhaite chers amis de très joyeuses fêtes du Tết Giáp Thìn et un très bel avenir.

Nguyễn Gia Kiểng

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