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Décennie 1984 - 1993

Le monde dans les années 1984 - 1993

Afin de cerner cette décennie, nous vous proposons de la considérer suivant 2 axes : 
Le monde dans les années 1984 – 1993 (article courant)
– La décennie de l’AGEVP

Un monde en explosions

Rafraîchissons-nous un peu la mémoire avec les événements qui ont marqué le monde, la France tout comme le Vietnam. Concernant le monde, il s’agit essentiellement d’une histoire d’explosions.

D’abord celle de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine survenue le 26 Avril 1986. Cet accident gravissime a causé de lourdes conséquences dans les domaines sanitaires, démographiques, écologiques et économiques. Il est possible de croire que cet accident a conduit à une prise de conscience des générations à venir sur la nécessité de mieux préserver la Nature et ses ressources.

Ensuite, l’explosion des bombes terroristes à Paris dans les années 1985-1986. Les anciens devraient se rappeler des attentats contre le cinéma Rivoli Beaubourg en Mars 1985, les grands magasins les Galeries Lafayette et Printemps en Décembre 1985 ou encore l’hôtel Claridge et la galerie ‘Point Show’, les deux aux Champs-Elysées début 1986. Même une annexe de la Préfecture de Police a subi une attaque par la bombe en Septembre 1986.

En Chine, les explosions viennent plutôt du côté des forces de l’ordre lors de la répression sanglante de la place Tian’anmen le 4 Juin 1989. Depuis Avril 1989, les manifestations contre la corruption et réclamant des réformes démocratiques n’ont de cesse de se propager dans tout le pays et particulièrement dans les grandes villes. Même une loi martiale proclamée le 20 Mai n’a rien arrangé. Jusqu’à cette intervention de l’armée chinoise décidée par le Parti Communiste Chinois. En raison de la grande chape de plomb couvrant cet événement dramatique et les efforts multiples et continus du régime pour l’effacer, il ne sera probablement jamais possible de connaître le nombre exact de victimes même si des organisations ont avancé des chiffres de quelques milliers jusqu’à plus de 10.000 personnes.

Le 2 Août 1990, c’est toute une série d’explosions qui accompagnent les divisions de l’armée irakienne pour envahir le Koweit, déclenchant ainsi la première guerre du Golfe. La capitale du pays est tombée en quelques heures mais l’émir dirigeant le pays a pu s’échapper avant. Le 17 Janvier 1991, une coalition de 34 pays menée par les Etats-Unis entame l’opération Tempête du désert. Les troupes irakiennes sont alors chassées du Koweit le 28 Février 1991 et l’Irak a failli être envahi à son tour mais a finalement été épargné par les forces de la coalition.

Un monde en explosions
Un monde en soubresauts avec des lueurs d'espoir

Ce sera une autre sorte d’explosion, une explosion de joie cette fois-ci, qui marque la deuxième moitié de notre décennie. Celle de millions de citoyens d’Allemagne de l’Est le 9 Septembre 1989 saluant la destruction de l’infâme mur de Berlin. Celle de millions de hongrois, polonais, roumains et autres européens de l’est pour accompagner les changements politiques majeurs dans leurs pays. Un peu plus tard, c’est au tour de l’Union soviétique de procurer d’immenses joies à ses citoyens avec la dissolution de l’empire URSS le 26 Décembre 1991. Cet effondrement du modèle soviétique marque la fin de la guerre froide entre blocs communiste et capitaliste.

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Vers la fin de la décennie, les Etats-Unis semblent devenir la seule grande puissance politico-économique qui reste debout. Mais une nouvelle explosion est venue rappeler que rien n’est acquis et d’autres dangers pourraient venir menacer la sécurité mondiale. Le 26 Février 1993, une bombe de 600 kg explose dans le parking de la tour Nord du World Trade Center à New York. L’attentat a coûté la vie de 6 personnes et provoqué plus de 1000 blessés. Apparemment, la cible initiale visée était les 2 tours jumelles…

La France en cohabitation

Revenons maintenant en France.

Depuis le début de la 5ème République, la France n’a connu que des présidents de droite. Le 10 Mai 1981, la tendance s’est inversée et la gauche a pris les rênes du pays avec l’élection de François Mitterrand comme Président de la République. Avec 2 mandats successifs soit 14 ans de présence en tant que chef de l’état, il est possible d’affirmer que la décennie 1983 – 1994 est celle de François Mitterrand.

Cette stabilité au plus haut sommet de l’état ne s’est pas reflétée dans la vie politique nationale. Au contraire ! C’est durant cette période qu’est née la notion de cohabitation, avec un président de gauche et un premier ministre de droite : Jacques Chirac de Mars 1986 à Mai 1988 puis Edouard Balladur de Mars 1993 à Mai 1995, conséquences des résultats d’élections législatives où la droite est sortie gagnante.

Tout en accomplissant des efforts pour conquérir le sommet de l’état, Jacques Chirac a su transformer la Mairie de Paris en sa propre place forte (Mars 1977 – Mai 1995). Comme durant la décennie en question, la mairie du 13ème arrondissement est gérée par une personnalité du même camp en la personne de Jacques Toubon (Mars 1983 à Mars 2001), cette stabilité politique locale a beaucoup contribué à faciliter les activités des associations parisiennes notamment de l’AGEVP. Nous y viendrons plus tard.

En dehors de la vie politique, il est possible de noter la grande joie des amateurs de football en Juin 1984 lors de la première victoire de l’équipe de France dans le Championnat d’Europe de Football organisé en France. Cette victoire est annonciatrice d’autres triomphes quelques années plus tard. Il est également possible de partager la grande liesse populaire lors du grand défilé du 14 Juillet 1989 conçu par Jean-Paul Goude dans le cadre du bicentenaire de la révolution française. Les adorateurs de Mickey et consorts, quant à eux, ont dû pousser de grands cris de joie lors de l’ouverture du parc Eurodisney en Avril 1992.

Chirac - Mitterrand
Le tenant François Mitterrand et son challenger, Jacques Chirac

Le Vietnam des désillusions

Il n’est pas exagéré de considérer que, pour beaucoup de vietnamiens, la décennie 1983 – 1994 est pavée de désillusions.

Désillusion de ceux qui ont cru à un lendemain socialiste reluisant et qui se font persuader que les promesses de renouveau (“Đổi mới”) annoncées lors du 6ème congrès du Parti Communiste Vietnamien en Décembre 1986 se porteront sur le régime politique. Que nenni. Seule l’économie avec les réformes agraires et l’acceptation du secteur privé a profité de ce renouveau. Pire, la nouvelle Constitution proclamée le 15 Avril 1992 continue avec son article 4 d’affirmer la prééminence du Parti Communiste Vietnamien sur l’Etat et sur la société.

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Désillusion ensuite des réfugiés vietnamiens qui, par voie maritime ou terrestre, ont bravé mille dangers pour fuir le régime communiste et tenter d’atteindre des terres de liberté. Ils ont subi de multiples attaques des pirates qui pullulent dans la région, ont vu des proches mourir lors de ces attaques ou à cause des intempéries, ont dû supporter les brimades et les violences des autorités des pays de premier accueil. Dans la décennie précédente, beaucoup de bonnes volontés, beaucoup de nations se sont relayées pour accueillir les boat-people vietnamiens. La Conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est organisée les 20 et 21 Juillet 1979 à Genève (Suisse) est le marqueur de cette bienveillance internationale.

Seulement, tout a une fin. A la bienveillance est venue se substituer la lassitude voire une certaine forme de racisme. Les autorités britanniques de Hong Kong ont ainsi décidé qu’à partir du 16 Juin 1988, tout vietnamien débarquant sur le territoire sera considéré comme immigrant illégal et sera détenu jusqu’à son expulsion vers le Vietnam. Les pays d’Asie du Sud-Est comme l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines ou la Thaïlande ont pris des mesures analogues avec comme échéance le 14 Mars 1989. La Conférence internationale de Genève les 13 et 14 Juin 1989, par l’adoption d’un Plan d’Action Globale, a entériné le principe de tri des réfugiés et le renvoi vers les pays d’origine des personnes n’obtenant pas le statut de réfugié, marquant ainsi le début de la fin du phénomène des boat-people.

Boat-people
Des millions de vietnamiens ont choisi de fuir le nouveau pouvoir communiste au péril de leur vie

Dès Avril 1975, beaucoup de vietnamiens ont espéré que le régime communiste nouvellement installé sera chassé par des forces de résistance armée qui opèrent clandestinement à l’intérieur du pays ou à partir des pays limitrophes. A la fin de la décennie précédente et de façon très exacerbée jusqu’à la moitié de notre décennie en question, toutes les communautés de vietnamiens du monde entier sont tournées vers le soutien des mouvements de résistance armée. Les Comités de soutien se créent un peu partout, les campagnes de recueil de fonds se multiplient. Dans cette fièvre de soutien, il est indéniable que les partisans du Front National Uni de Libération du Vietnam se taillent la part du lion.

La période de fin 1984, début 1985 apporte à la fois une confirmation et une très triste désillusion aux communautés vietnamiennes vivant à l’étranger. En apprenant la capture de plusieurs membres du Front Uni des Forces Patriotiques de Libération du Vietnam puis l’exécution le 8 Janvier 1985 de 4 personnes, Lê Quốc Quân, Hồ Thái Bạch, Huỳnh Vĩnh Sanh et Trần Văn Bá, les vietnamiens anti-communistes ont obtenu dans un premier temps la preuve réelle de l’existence d’une résistance armée au Vietnam. Ils sont dans un second temps plongés dans une cruelle réalité, la résistance armée n’est probablement pas une solution pérenne.

Quelques années après, le 27 Août 1987 lors d’une opération de pénétration au Vietnam, tombe à son tour Hoàng Cơ Minh, leader du Front National Uni de Libération du Vietnam. Même si son décès n’est confirmé qu’en 1991, cette perte mais aussi les dissensions au sein du Front ainsi que les suspicions d’actions illicites attribuées à cette organisation contribuent à renforcer la désillusion des communautés vietnamiennes vivant à l’étranger et notamment aux Etats-Unis, point d’appui originel du Front.

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Si la résistance armée n’est plus une solution réaliste, l’opposition au régime communiste reste vivace et le soutien à la résistance mue progressivement vers le soutien aux défenseurs des Droits de l’Homme au Vietnam. Ainsi, partout dans le monde, les organisations politiques comme les associations de jeunes et de moins jeunes multiplient les actions pour contrer l’influence hors du Vietnam des représentants du régime, contre leurs tentatives de désinformation sur la situation réelle du pays. Les manifestations contre les exactions du régime sont organisées régulièrement lors de la commémoration des événements du 30 Avril 1975 ou lors de la Journée des Droits de l’Homme en Décembre. Ces organisations et associations unissent parfois leurs forces lors des campagnes ciblées.

Rappelons-nous des campagnes contre “les officines de financement” du régime en 1986 et en 1987. Le 10 Octobre 1987 est ainsi baptisé “Journée de manifestations contre les financements communistes“. A Paris, les organisations participantes se répartissent dans les points de vente satellites du régime pour distribuer des tracts et pour persuader les éventuels consommateurs d’aller dans d’autres lieux commerciaux. Des manifestations sont montées dans le 13ème arrondissement pour exhorter la communauté à boycotter les commerces liés au régime communiste.

Rappelons-nous aussi les efforts communs regroupés sous la bannière du Comité de dénonciation des crimes de Hồ Chí Minh afin de demander à l’UNESCO de revenir sur sa décision de célébrer en 1990 le 100ème anniversaire de ce fondateur du régime communiste vietnamien. De nombreuses manifestations se déroulent partout dans le monde à l’image de la manifestation du 21 Mai 1989 à la Place de Trocadéro (Paris 16). Des plaquettes, des publications diverses écornant la légende de Hồ Chí Minh sortent des imprimeries à l’instar du livre choral “La réalité sur Hồ Chí Minh” édité en vietnamien, en français et en anglais. La direction de l’UNESCO a finalement choisi de ne rien célébrer en 1990. De même, le gouvernement français qui pourtant souhaite se rapprocher du régime décide de n’accorder aucun financement pour cette occasion de peur de froisser l’opinion publique française et les organisations d’anciens combattants.

Pour l’histoire, la France se rattrapera un peu plus tard avec la visite du président François Mitterrand au Vietnam du 9 au 11 Février 1993, devenant ainsi le premier chef d’état occidental à s’y rendre en visite officielle. Cette visite sera suivie un peu plus tard par des ouvertures venant des Etats-Unis. Le 2 Juillet 1993, le gouvernement américain annonce ne plus s’opposer aux prêts du Fonds Monétaire International au bénéfice du Vietnam. Cette décision sera le premier d’une série de gestes conduisant vers une normalisation des relations américano-vietnamiennes dans la décennie suivante.

Hoàng Mai

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